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Ayant suivi de près le mouvement des Supporters Trust au Royaume-Uni, j’avoue que je n’aurais jamais pensé que l’on pût en parler en référence à mon équipe, à l’AS Roma. Pas seulement parce que la place de la capitale est une des plus compliquées et difficiles d’Europe et du monde, mais parce que toutes les timides tentatives faites jusqu’ici ont échoué sinon aux premières difficultés, juste après. Je ne sais pas si le nom du site « actionnariat populaire » rend bien l’idée, parce que beaucoup de gens peuvent être induits en erreur par une définition aussi importante, mais il représente sûrement une des premières tentatives sérieuses d’information en la matière. C’est le premier pas, celui qui est fondamental pour comprendre de quoi on parle exactement. Le succès ou l’échec de l’initiative repose sur cette prémisse évidente. S’il est vrai que le projet puisse sembler ambitieux et compliqué, l’esprit qui l’anime est en revanche très simple. Celui qui l’a fait partir est un tifoso comme tant d’autres. Je ne fais pas d’échelle de valeur de qui l’est plus ou moins, je n’ai pas demandé combien d’abonnements il a acheté dans sa vie ou à combien de déplacements il a participé durant les 15 dernières années. Il a à cœur la Roma et son avenir, et c’est suffisant. Il a une famille, un travail et peu de temps libre qu’il a décidé de sacrifier entièrement pour chercher à réaliser cette idée, celle d’unir les tifosi de la Roma de manière à pouvoir avoir un rôle concret dans la vie de la société ASR.
Ayant suivi de près le mouvement des Supporters Trust au Royaume-Uni, j’avoue que je n’aurais jamais pensé que l’on pût en parler en référence à mon équipe, à l’AS Roma. Pas seulement parce que la place de la capitale est une des plus compliquées et difficiles d’Europe et du monde, mais parce que toutes les timides tentatives faites jusqu’ici ont échoué sinon aux premières difficultés, juste après. Je ne sais pas si le nom du site « actionnariat populaire » rend bien l’idée, parce que beaucoup de gens peuvent être induits en erreur par une définition aussi importante, mais il représente sûrement une des premières tentatives sérieuses d’information en la matière. C’est le premier pas, celui qui est fondamental pour comprendre de quoi on parle exactement. Le succès ou l’échec de l’initiative repose sur cette prémisse évidente. S’il est vrai que le projet puisse sembler ambitieux et compliqué, l’esprit qui l’anime est en revanche très simple. Celui qui l’a fait partir est un tifoso comme tant d’autres. Je ne fais pas d’échelle de valeur de qui l’est plus ou moins, je n’ai pas demandé combien d’abonnements il a acheté dans sa vie ou à combien de déplacements il a participé durant les 15 dernières années. Il a à cœur la Roma et son avenir, et c’est suffisant. Il a une famille, un travail et peu de temps libre qu’il a décidé de sacrifier entièrement pour chercher à réaliser cette idée, celle d’unir les tifosi de la Roma de manière à pouvoir avoir un rôle concret dans la vie de la société ASR.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Avant toute chose, oublions le Barça. Rome n’est pas la Catalogne, une nation dans la nation, avec une langue propre, une identité politique propre et même une équipe nationale de football à elle entraînée pas par n’importe qui mais par Johan Cruyff (même si elle n’est pas reconnue par la Fifa). Le modèle du Barça peut être proposé seulement comme principe mais les conditions de départ ne sont pas comparables. L’équipe de football n’est pas seulement une entité sportive mais un instrument de marketing politique. J’exclurais également le Real Madrid. L’équipe de Florentino Perez engrange des centaines de millions d’euros en droits TV et merchandising et le président est un homme très riche et surtout très influent. L’argent pour acheter Ronaldo et Kakà n’est certes pas arrivé de l’obole que les socios versent chaque année. Je ne sais pas par conséquent à quel point il est juste de regarder toujours autour de soi et pas de se concentrer sur ce qu’on cherche à faire chez soi. Le modèle adapté pour les tifosi giallorossi pourrait être aussi complètement nouveau, vu que même la législation en la matière change d’un pays à l’autre. Par exemple en Allemagne existe la règle du 50+1, c’est-à-dire qu’il n’est autorisé à aucune personne privée d’acheter la majorité absolue d’un club, encore considéré comme une association sportive, règle qui donne aux supporters allemands une solide, et unique, base de départ. Pour le moment en Italie, et à Rome, des avocats sont déjà au travail pour comprendre quelle est la personnalité juridique à accoler au projet en question. Se donner des limites ou rêver de solutions impraticables sous nos latitudes est seulement contreproductif. Deuxièmement : se mettre ensemble ne veut pas dire représenter une alternative à la propriété, quelle qu’elle soit. J’ai lu qu’il y avait des personnes qui ne veulent pas adhérer au projet tant que la Sensi sera à la tête de la société. Quel sens cela a-t-il ? Créer une association de tifosi qui ait un poids est dans l’intérêt même de la Roma, indépendamment de qui est le propriétaire, qu’il s’appelle Sensi, Angelini, Soros ou qui sais-je d’autre. Toute personne qui entre dans la Roma devrait savoir qu’il devra en rendre compte non seulement aux milliers de tifosi qui remplissent le stade le dimanche, ou n’importe quel autre jour de la semaine imposé par l’UEFA ou les TV, avec chœurs et banderoles mais aussi à des représentants de ceux-ci avec des pouvoirs décisionnels plus précis et définis, avec des capacités professionnelles et avec une expérience et une influence telles qu’ils peuvent tranquillement s’asseoir à la même table que les dirigeants. Il y a une sorte de mythe, de révérence injustifiée à l’égard de personnes qui trop souvent dans le football ont démontré qu’elles n’étaient pas à la hauteur. Parlons clair, s’il n’y avait pas eu un système de lois pour le moins lacunaire en la matière et une espèce de respect sacré qu’il y a en Italie pour le football, la majeure partie des sociétés liées au ballon rond aurait fait faillite dans notre pays depuis longtemps. Des entreprises avec une raison sociale différente finissent en banqueroute et disparaissent pour beaucoup moins que ça. En Europe on s’en est rendu compte, des piquets plus difficiles à éviter au moment du bilan ont été mis en place pour les sociétés qui ont l’ambition de participer aux compétitions continentales. On demande compétence et professionnalisme, les tifosi peuvent garantir les deux. Les supporters de la Roma sont des millions, gageons qu’il y ait des gens en mesure d’accomplir un travail de consulting meilleur que celui fourni par tant de personnes intéressées ou cachées qui depuis toujours gravitent autour de l’ASR. Sans compter que les tifosi le feraient sans aucun profit mais seulement pour le bien de l’équipe. Aussi parce qu’ils ne le pourraient pas : le trust, l’association, l’entité juridique que l’on veut constituer sera absolument sans but lucratif. Se mettre ensemble en même temps ne veut pas dire chercher à amasser le capital nécessaire pour acheter la majorité de la société. 51% de la Roma combien ça vaut ? Trop, si quelqu’un part avec cette idée cela veut dire qu’il ne partira jamais. Alors, qu’est-ce qu’on fait, ai-je entendu quelqu’un demander. Si 250.000 tifosi mettaient 300 euros chacun, nous aurions 75 millions, s’ils en mettaient 500 nous pourrions financer le stade, etc. Avec cette approche le projet est mort pour la simple raison que cela n’arrivera jamais. Une initiative de ce genre a besoin de temps pour se préparer le terrain, pour être comprise, pour être lancée de la bonne manière et doit impliquer le plus grand nombre de personnes possible. Demander une certaine somme d’argent de but en blanc voudrait dire augmenter la pression, devoir obtenir des résultats avant même d’être parti. Au moment où l’on demandera une contribution, on le fera de telle sorte que tous puissent participer, qui le voudra pourra mettre plus mais toujours en tenant compte du principe d’égalité de départ. Un euro, cent, mille donnent toujours droit à une seule voix dans le bureau de vote. Ensuite, s’il y a assez d’argent, on procèdera à l’achat d’actions ou il pourrait advenir que des petits actionnaires déjà existants décident d’adhérer au trust en faisant ainsi augmenter la part virtuellement en possession de celui-ci. Ce que l’on est en train de faire fondamentalement maintenant est chercher de faire comprendre qu’une initiative du genre est faisable. Que si elle a été possible en Espagne, Grèce, Royaume-Uni, Allemagne, Portugal ou dans d’autres pays, elle est faisable aussi chez nous. Trop de personnes se rendent aux premières difficultés. Certes nous serions les premiers et le seul appui nous l’aurions d’associations ou d’équipes étrangères mais ce n’est pas peu de choses. C’est vrai, elles n’ont rien à voir avec la législation italienne, elles ne connaissent pas notre football assez à fond mais nous parlons toujours de football, de tifo, d’amour, de passion, de futur. On veut chercher à élargir la base d’intérêt et il en est pour dire que les quasi 1900 adhésions arrivées sur le site jusqu’ici sont peu. Peu ? Le trust d’Arsenal, contacté il y a quelques semaines, en a 1600 après six ou sept ans et ils possèdent 3% des parts. Qu’est-ce qu’ils en font ? Ils en font qu’un représentant du trust est impliqué dans les décisions qui comptent, ce sont des gens qui avec leur engagement, leur présence et leur sacrifice se sont taillé un rôle important. Pour citer un exemple, aux deux hommes d’affaires qui en ce moment veulent compléter l’escalade à la propriété des Gunners il manque 1% des actions. Le Trust pourrait être l’aiguille de la balance (même s’il ne se range derrière aucun des deux) mais quel que soit le vainqueur, il sait qu’il devra toujours compter avec les personnes derrière ces 3%, personnes tout sauf passives. Il est vrai que le nombre compte, c’est une chose que de protester à 10, une autre que de le faire à mille, mais souvent le mordant de qui est impliqué peut être la clef du succès. Une fois assez de personnes réunies derrière le projet, on pourrait par exemple commencer à entreprendre des batailles souvent laissées aux individus. Personne n’est content du site web de la Roma ? Parmi les millions de personnes qui la supportent n’y a-t-il pas quelqu’un qui pourrait le faire mieux ? Je suis sûr que oui. Les maillots souvent laissent insatisfaits, on pourrait demander à être consultés quand la Kappa ou la Diadora se mettent au travail pour lancer les nouvelles collections. Le merchandising dans les Roma Stores est trop cher et fait pitié. On boycotte jusqu’à ce que les prix baissent ou on cherche à contribuer avec idées et dessins. Les guichets fermés les jours de match ou trop loin, les parkings, les entraînements ouverts au public… je ne sais pas, chacun voudrait changer des petites choses, on propose, on vote, on agit. Le premier pas ne peut pas être « mettons l’argent sur la table et achetons-nous le nouvel avant-centre ». On doit commencer par lutter pour les choses que l’on peut obtenir, unis, ensemble. Et qui se fiche de savoir si l’équipe va bien ou mal, de toute façon, nous, nous serons toujours là, oui ou non ? Si à partir de janvier nous faisons un grand cycle de matchs retour et si Toni marque 30 buts, que faisons-nous, nous abandonnons tout ? S’il arrive un Arabe ou un Russe avec un tas d’argent, que faisons-nous, nous cédons ? Il n’y a que nous à être les gardiens de ces couleurs, les gens avec de l’argent, vrai ou présumé, va et vient, nous, nous sommes là, sans voix le lundi matin énervés ou au septième ciel selon comment s’est déroulé le match de la veille. Nous sommes arrivés au terminus, le football comme nous le connaissions n’existe plus, il faut s’exposer en première ligne et chercher à contribuer à la construction de son propre destin. Autre chose : le trust n’est pas un Roma Club, il n’organise pas des dîners avec les joueurs, il n’a pas de banderole, il ne loue pas de bus pour les déplacements. Chacun peut adhérer, chacun peut faire partie d’un groupe ultras et du trust, d’un Roma Club et d’un trust. Il y a besoin de tous mais en ce moment plus que de toute autre chose il y a besoin de personnes prêtes à se mettre en file, prêtes à faire. Contester n’amène pas à grand-chose, attendre n’amène à rien. C’est notre moment. Pour reprendre le titre d’un livre lu il y a des années, c’est le moment de se mettre une fois pour toutes dans la position de « gardiens d’une passion ».
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